Oyana par Patrick Frêche

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CHRONIQUE PAR PATRICK FRÊCHE PUBLIÉ LE 02/03/2020

Après Taqawan, largement salué par la critique et les lecteurs, Éric Plamondon confirme sa place majeure dans le paysage littéraire avec ce nouveau roman, Oyana, toujours aux éditions Quidam et en sélection pour la dixième édition de La Voix des lecteurs. Il poursuit une œuvre originale marquée par un style et une construction qui traduisent notre rapport moderne à la lecture.

On ne lit plus aujourd’hui comme au XIXe siècle, ni même comme il y a 50 ans. Par l’attention portée aux faits et aux contextes de ses romans, il illustre notre perception et notre appréhension de la réalité qui nous entoure. Factuelle, précise, dépourvue de vaines fioritures esthétiques, mais toujours efficace et puissante, son écriture s’attache à créer une fiction via un prisme réaliste et dans un environnement documenté.

Originaire du Québec, Plamondon vit depuis une vingtaine d’années dans le bordelais. Cette position « entre deux terres », ce regard distancié sur sa terre d’origine ou son pays d’accueil, permettent à l’écrivain une vision corrigée de la myopie propre à la trop grande proximité avec son sujet. Il peut ainsi se placer dans une perspective spatiale et temporelle qui contribue à la profondeur de champ de sa narration. Oyana est une traduction magnifique de cette approche littéraire.

Oyana est l’histoire d’une jeune femme, Oyana Etchebaster, « qui doit faire face à ses fantômes » et « affronter ses démons ». Elle naît à Ciboure, Pays basque français, le 20 décembre 1973. Le même jour, à Madrid, Luis Carrero Blanco, Premier ministre de Franco, est tué dans l’explosion spectaculaire de sa voiture. Attentat organisé par l’ETA, l’organisation indépendantiste basque. Parmi les membres du commando, son père. Ignorant tout de cette filiation, elle se trouvera impliquée des années plus tard dans une opération de l’ETA qui tourne mal, l’obligeant à quitter la France pour un exil douloureux, marquée par la culpabilité. Alors qu’elle a « refait » sa vie au Québec, la dissolution de l’organisation indépendantiste va la ramener au Pays basque pour se confronter à son passé.

« Existe-t-il un mythe qui explique la faute commise par le premier des poissons pour que toute sa lignée soit privée de la faculté d’occulter le monde en fermant les yeux ? »

C’est par l’artifice pseudo-épistolaire que Plamondon nous fait partager la détresse d’Oyana et ses atermoiements. La rupture nécessaire à son retour est l’occasion d’une confession qui nous dévoile peu à peu les événements qui ont conduit à son exil. Cette confession, elle la fait à son compagnon auquel elle a caché toute son histoire.

« C’est drôle de réaliser que tout à coup au moment du départ, tant de choses auxquelles je croyais tenir m’apparaissent insignifiantes. Elles ne servaient qu’à consolider le château de cartes de ma vie. »

La grande force du roman tient à une autre rupture, stylistique cette fois. Comme dans ses précédents romans, Éric Plamondon contextualise le récit fictionnel par des inserts documentaires, des informations, coupures de presse, statistiques ou citations in extenso des communiqués des parties prenantes. Sans rien perdre de la profondeur et de la qualité narrative, il dégage ainsi les mots de la gangue qui les entoure, il fait appel à notre vigilance de lecteur, nous sort de la fiction pour nous rappeler un réel édifiant et instructif. Plamondon ne prend pas parti, ne juge pas, il donne à penser et à réfléchir.

« La première victime de l’ETA, le 7 juin 1968, a été le chef de la police de San-Sébastien reconnu comme ancien collaborateur de la gestapo. »

Le retour d’Oyana sur les traces de son passé est le prétexte aux questionnements et aux doutes. La violence omniprésente des années de lutte, la colère provoquée par les mensonges et l’injustice, tout cela valait-il la peine et l’exil ? La violence, « outil des faibles et de leur bêtise », ne conduit-elle qu’à ajouter « victimes et bourreaux ». C’est un vieux pêcheur rencontré sur la plage qui donne un début de réponse : « La violence a fait tout échouer. Elle avait fourni au pouvoir l’excuse pour lutter contre le peuple et les partis autonomistes ».

Il y a aussi l’inexorable temps qui passe et qui broie les souvenirs et les lieux. La confrontation avec le Bordeaux de 2018 est à ce titre un constat lucide des bouleversements urbains des vingt dernières années. Gentrification des villes, effacements des traces des histoires populaires, abandon de la mémoire.

« Les façades ont été ravalées, nettoyées /…/ Je trouve la ville jeune et je me sens vieille. Je prends la mesure de mon absence. »

Par cette évocation de l’exil, Plamondon nous parle de notre place dans le monde, toujours entre deux mondes, et quand on a « nulle part où aller, sinon en soi… », alors en soi est la langue, « un patois qui a gagné la guerre », qui remonte des abîmes du temps, comme le suggère ce « Hitz Egin », « faire la parole », hommage rendu à la langue basque via le film d’Eugène Green.

On aura compris qu’Oyana est un roman d’une très grande richesse, tout en questionnement inquiet, dont certaines images nous hantent comme cette baleine ou cachalot qui s’échoue, entre mer et terre, et dont l’œil scrute Oyana enfant. Avec Oyana, Éric Plamondon atteint une maturité dans son œuvre d’écrivain, grâce à la cohérence forte et affirmée de ses romans dont on recommande la lecture (la trilogie 1984Taqawan).

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oyana plamondon

Un roman intense et captivant

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En ce jour de mai 2018, le passé resurgit et rattrape brutalement Oyana. Celle-ci n’a plus d’autre choix que de se confier à l’homme de sa vie, au compagnon qui a partagé son existence durant plus de vingt ans au Québec. ~~~ Une lettre pour mettre enfin en lumière la vérité, faire voler en éclat les secrets sur lesquels s’est bâti leur couple. Des mots sur le papier pour tenter d’exprimer les remords, le déracinement forcé, les vies brisées. Des aveux douloureux mais nécessaires avant son départ vers sa région natale, le Pays Basque. ~~~ Car l’E.T.A. n’est plus. L’organisation armée indépendantiste basque est dissoute. Des années de violence qui s’achèvent. Attentats, explosions, fusillades, le bilan humain est très lourd. Il est temps pour Oyana d’affronter les fantômes de son passé, de faire face à ce jour de mai 1995 où sa vie a irrémédiablement basculé. ~~~ Après le formidable Taqawan évoquant le passé dramatique des peuples amérindiens, Eric Plamondon nous percute encore de plein fouet avec ce nouveau roman, centré sur l’E.T.A. L’auteur nous éclaire ainsi sur les origines de cette organisation armée, sur cet acronyme qui a fait couler beaucoup de sang lors de ces dernières décennies. ~~~ La recette est la même que pour son précédent roman et se révèle toujours aussi efficace. La fiction s’intercale adroitement aux événements historiques et politiques du Pays Basque grâce à des chapitres courts donnant du rythme à l’ensemble. Un contexte passionnant que l’on découvre par le biais de l’histoire touchante d’Oyana, jusqu’au dénouement absolument inattendu. ~~~ Un roman intense, captivant, qui bouscule le lecteur. Des mots percutants et une plume de toute beauté pour un moment fort de lecture.

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Oyana : l’avis de Rose

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Je suis basque. Lorsqu’une amie m’a montré le résumé mon petit cœur a fait boom! J’aime lire ce qui concerne ma région, ma culture, mon peuple et ses traditions. J’ai une bibliothèque pleine. Je suis donc assez intransigeante. […]

Conclusions: Un roman que je vais prêter au plus de monde possible. (Il tourne déjà!) Un petit bout d’histoire dans un roman tellement vrai et poignant. Merci!

https://lironsdelles.home.blog/2019/10/31/oyana-de-eric-plamondon/?fbclid=IwAR2Op5xQ-i6ug3e2j1dHQbP_z1g9lfV_wMLrUSod8f6lYd97KeSyKNAkxbs

Ma note: 5/5 mention: bien joué et très instructif.

Droit au but

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« Certaines plumes font des manières, prennent leur temps, s’épanouissent dans l’image et l’implicite. D’autres s’épargnent toutes ces fioritures et vont immédiatement tailler dans le vif, découper les tranches les moins reluisantes du réel et les exposer au regard stupéfait de leurs lecteur·rice·s. Celle d’Éric Plamondon fait partie de la seconde catégorie. »

Par  · 22 octobre 2019

Le Délit, le journal francophone de l’Université McGill