LES 20 MEILLEURS ROMANS QUÉBÉCOIS DU NOUVEAU SIÈCLE

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« Le nouvel Inconvénient est arrivé! Nous avons réuni une équipe de critiques et lecteurs.trices du tonnerre : Marie-Andrée Lamontagne, Michel Biron, David BélangerLaurence Côté-FournierSophie Marcotte, Alain Roy, Mauricio Segura, Geneviève Letarte, David Dorais et Mathieu Bélisle pour faire un choix parmi tous les romans (et recueils de nouvelles) parus au Québec au cours des 20 dernières années.

Choix difficile que ce palmarès, qui a nécessité plusieurs rondes de vote, de longues discussions; exercice périlleux, forcément imparfait aussi, parce que d’autres auteurs.trices auraient assurément mérité de figurer dans cette liste (des dizaines d’autres titres ont été discutés…). Ce numéro, ce n’est pas seulement une liste, c’est un bilan de la littérature québécoise contemporaine, un regard sur son exceptionnel dynamisme, qui n’a rien à envier au passé; ce numéro, c’est aussi une présentation généreuse de chaque titre retenu (une page de revue par livre retenu, présenté par un membre de notre jury) qui permet d’apprécier les mérites de chaque roman. Une belle occasion de lire, ou de relire, des oeuvres marquantes, de découvrir la littérature d’ici. »
— Mathieu Bélisle, 5 avril 2020

  • Rouge, mère et fils – Suzanne Jacob
  • Putain – Nelly Arcan
  • Dée – Michael Delisle
  • La héronnière – Lise Tremblay
  • Nikolski – Nicolas Dickner
  • Le siècle de Jeanne – Yvon Rivard
  • Parents et amis sont invités à y assister – Hervé Bouchard
  • Du bon usage des étoiles – Dominique Fortier
  • Le ciel de Bay City – Catherine Mavrikakis
  • Le discours sur la tombe de l’idiot – Julie Mazzieri
  • L’énigme du retour – Dany Laferrière
  • La constellation du lynx – Louis Hamelin
  • L’homme blanc – Perrine Leblanc
  • Atavismes – Maxime Raymond Bock
  • Document 1 – François Blais
  • Bondrée – Andrée A. Michaud
  • La nageuse au milieu du lac – Patrick Nicol
  • Florence, reprise – Dominique Garand
  • 1984 – Éric Plamondon
  • Le cycle soifs – Marie-Claire Blais

Oyana par Patrick Frêche

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Agence Livre, Cinéma et Audiovisuel en Nouvelle-Aquitaine
CHRONIQUE PAR PATRICK FRÊCHE PUBLIÉ LE 02/03/2020

Après Taqawan, largement salué par la critique et les lecteurs, Éric Plamondon confirme sa place majeure dans le paysage littéraire avec ce nouveau roman, Oyana, toujours aux éditions Quidam et en sélection pour la dixième édition de La Voix des lecteurs. Il poursuit une œuvre originale marquée par un style et une construction qui traduisent notre rapport moderne à la lecture.

On ne lit plus aujourd’hui comme au XIXe siècle, ni même comme il y a 50 ans. Par l’attention portée aux faits et aux contextes de ses romans, il illustre notre perception et notre appréhension de la réalité qui nous entoure. Factuelle, précise, dépourvue de vaines fioritures esthétiques, mais toujours efficace et puissante, son écriture s’attache à créer une fiction via un prisme réaliste et dans un environnement documenté.

Originaire du Québec, Plamondon vit depuis une vingtaine d’années dans le bordelais. Cette position « entre deux terres », ce regard distancié sur sa terre d’origine ou son pays d’accueil, permettent à l’écrivain une vision corrigée de la myopie propre à la trop grande proximité avec son sujet. Il peut ainsi se placer dans une perspective spatiale et temporelle qui contribue à la profondeur de champ de sa narration. Oyana est une traduction magnifique de cette approche littéraire.

Oyana est l’histoire d’une jeune femme, Oyana Etchebaster, « qui doit faire face à ses fantômes » et « affronter ses démons ». Elle naît à Ciboure, Pays basque français, le 20 décembre 1973. Le même jour, à Madrid, Luis Carrero Blanco, Premier ministre de Franco, est tué dans l’explosion spectaculaire de sa voiture. Attentat organisé par l’ETA, l’organisation indépendantiste basque. Parmi les membres du commando, son père. Ignorant tout de cette filiation, elle se trouvera impliquée des années plus tard dans une opération de l’ETA qui tourne mal, l’obligeant à quitter la France pour un exil douloureux, marquée par la culpabilité. Alors qu’elle a « refait » sa vie au Québec, la dissolution de l’organisation indépendantiste va la ramener au Pays basque pour se confronter à son passé.

« Existe-t-il un mythe qui explique la faute commise par le premier des poissons pour que toute sa lignée soit privée de la faculté d’occulter le monde en fermant les yeux ? »

C’est par l’artifice pseudo-épistolaire que Plamondon nous fait partager la détresse d’Oyana et ses atermoiements. La rupture nécessaire à son retour est l’occasion d’une confession qui nous dévoile peu à peu les événements qui ont conduit à son exil. Cette confession, elle la fait à son compagnon auquel elle a caché toute son histoire.

« C’est drôle de réaliser que tout à coup au moment du départ, tant de choses auxquelles je croyais tenir m’apparaissent insignifiantes. Elles ne servaient qu’à consolider le château de cartes de ma vie. »

La grande force du roman tient à une autre rupture, stylistique cette fois. Comme dans ses précédents romans, Éric Plamondon contextualise le récit fictionnel par des inserts documentaires, des informations, coupures de presse, statistiques ou citations in extenso des communiqués des parties prenantes. Sans rien perdre de la profondeur et de la qualité narrative, il dégage ainsi les mots de la gangue qui les entoure, il fait appel à notre vigilance de lecteur, nous sort de la fiction pour nous rappeler un réel édifiant et instructif. Plamondon ne prend pas parti, ne juge pas, il donne à penser et à réfléchir.

« La première victime de l’ETA, le 7 juin 1968, a été le chef de la police de San-Sébastien reconnu comme ancien collaborateur de la gestapo. »

Le retour d’Oyana sur les traces de son passé est le prétexte aux questionnements et aux doutes. La violence omniprésente des années de lutte, la colère provoquée par les mensonges et l’injustice, tout cela valait-il la peine et l’exil ? La violence, « outil des faibles et de leur bêtise », ne conduit-elle qu’à ajouter « victimes et bourreaux ». C’est un vieux pêcheur rencontré sur la plage qui donne un début de réponse : « La violence a fait tout échouer. Elle avait fourni au pouvoir l’excuse pour lutter contre le peuple et les partis autonomistes ».

Il y a aussi l’inexorable temps qui passe et qui broie les souvenirs et les lieux. La confrontation avec le Bordeaux de 2018 est à ce titre un constat lucide des bouleversements urbains des vingt dernières années. Gentrification des villes, effacements des traces des histoires populaires, abandon de la mémoire.

« Les façades ont été ravalées, nettoyées /…/ Je trouve la ville jeune et je me sens vieille. Je prends la mesure de mon absence. »

Par cette évocation de l’exil, Plamondon nous parle de notre place dans le monde, toujours entre deux mondes, et quand on a « nulle part où aller, sinon en soi… », alors en soi est la langue, « un patois qui a gagné la guerre », qui remonte des abîmes du temps, comme le suggère ce « Hitz Egin », « faire la parole », hommage rendu à la langue basque via le film d’Eugène Green.

On aura compris qu’Oyana est un roman d’une très grande richesse, tout en questionnement inquiet, dont certaines images nous hantent comme cette baleine ou cachalot qui s’échoue, entre mer et terre, et dont l’œil scrute Oyana enfant. Avec Oyana, Éric Plamondon atteint une maturité dans son œuvre d’écrivain, grâce à la cohérence forte et affirmée de ses romans dont on recommande la lecture (la trilogie 1984Taqawan).

https://prologue-alca.fr/fr/actualites/oyana?fbclid=IwAR3HpXC4DPeLI19fAZGv0sSaY-VOUkjlbEHMr507HHIkrJP79nzj-5gPKRw

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Taqawan à Metz

Metz : les jeunes s’intéressent toujours aux livres

https://www.republicain-lorrain.fr/edition-metz-et-agglomeration/2020/02/05/photos-metz-les-jeunes-s-interessent-toujours-aux-livres

Noah, Sabrina et leurs camarades de classe ont lu le roman Taqawan dans le cadre du festival Livre à Metz. Au fil des pages, ils ont découvert le Québec au travers de son histoire, ses légendes, ses personnalités ou encore ses recettes de cuisine. L’écrivain Eric Plamondon s’est rendu au lycée Louis-Vincent, ce mercredi 5 février. Il a rencontré les élèves et dépoussiéré l’image qu’ils se faisaient d’un auteur.

Le Républicain Lorrain, 5 février 2020

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Un roman intense et captivant

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En ce jour de mai 2018, le passé resurgit et rattrape brutalement Oyana. Celle-ci n’a plus d’autre choix que de se confier à l’homme de sa vie, au compagnon qui a partagé son existence durant plus de vingt ans au Québec. ~~~ Une lettre pour mettre enfin en lumière la vérité, faire voler en éclat les secrets sur lesquels s’est bâti leur couple. Des mots sur le papier pour tenter d’exprimer les remords, le déracinement forcé, les vies brisées. Des aveux douloureux mais nécessaires avant son départ vers sa région natale, le Pays Basque. ~~~ Car l’E.T.A. n’est plus. L’organisation armée indépendantiste basque est dissoute. Des années de violence qui s’achèvent. Attentats, explosions, fusillades, le bilan humain est très lourd. Il est temps pour Oyana d’affronter les fantômes de son passé, de faire face à ce jour de mai 1995 où sa vie a irrémédiablement basculé. ~~~ Après le formidable Taqawan évoquant le passé dramatique des peuples amérindiens, Eric Plamondon nous percute encore de plein fouet avec ce nouveau roman, centré sur l’E.T.A. L’auteur nous éclaire ainsi sur les origines de cette organisation armée, sur cet acronyme qui a fait couler beaucoup de sang lors de ces dernières décennies. ~~~ La recette est la même que pour son précédent roman et se révèle toujours aussi efficace. La fiction s’intercale adroitement aux événements historiques et politiques du Pays Basque grâce à des chapitres courts donnant du rythme à l’ensemble. Un contexte passionnant que l’on découvre par le biais de l’histoire touchante d’Oyana, jusqu’au dénouement absolument inattendu. ~~~ Un roman intense, captivant, qui bouscule le lecteur. Des mots percutants et une plume de toute beauté pour un moment fort de lecture.

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Un livre qui bouleverse

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Je découvre #ericplamondon avec ce récit témoignage sur l ETA, le pays Basque, le temps d avant, de la lutte révolution pour l indépendance. C est un livre qui bouleverse. Qui hache aussi. Le temps. Une alternance d avant, le temps de l enfance et de l adolescence et de l entrée malgré tout dans la lutte indépendantiste. Un choix. Celui qui fait basculer de l autre côté et entraîne des actes et des départs forcés. C est le temps d aujourd'hui, 23ans après. Celui qui fait mal. Se retourner sur soi et son passé. Le grand face à face devant la vérité, si loin de ce temps mensonges et exilé. Pour dompter ses démons il faut les affronter, retourner au pays racines, et renaître dans un plongeon, de mer et de liens, de vérités et de peurs. #oyana, ce prénom baleine et cette couverture élan, comme un sursaut de vie, dans ce ciel rose. Oyana l exilée, la petite fille qui n a pas choisi. Adulte, elle peut reprendre son destin en main en faisant le choix de dire. Et d être. Retrouver son nom, son identité. Son moi profond. Ses liens. Je suis de là… Ce livre raconte et explique. La puissance du "isme" et du combat. De la colère et des morts inoccents. Il dit aussi l exil, et ce manque à crever. De sa terre, mère. Ce déracinement qui crée le vide et l 'impossible lien aux gens et aux nouveaux endroits. Le style peut dérouter. Qui parle ? Quand ? Alternances de lettres actuelles et de faits d époque. C est rapide, rythmé, concis. Comme une urgence. À révéler pour se libérer. "S il est difficile de vivre, il est bien plus malaisé d expliquer sa vie"… J ai beaucoup aimé ♥️♥️♥️♥️ @quidamediteur (lecture 3 année 2020)

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Le souffle des mots

« L’ensemble du roman finit par être très homogène, comme une explosion à l’envers, chaque shrapnel revient des alentours où il a été propulsé pour s’assembler aux autres. » — Sébastien Vidal

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Au tout début, nous lisons une succession de très courts chapitres qui abordent des sujets très disparates, cela part dans tous les sens et je dois avouer que c’est un peu déstabilisant. Ce n’est pas quelque chose de mal d’être déstabilisé, en littérature c’est plutôt bon signe. Donc les chapitres se succèdent et on n’a pas la moindre idée de l’endroit où veut nous mener l’auteur. Au bout d’un certain temps, pas trop long, on commence à faire corps avec le récit avec l’entrée en scène d’Yves Leclerc, l’agent démissionnaire. À partir de ce moment, la piste commence à être légèrement visible, on ne sait toujours pas où l’on va mais on a un chemin à suivre.

Je ne sais pas comment le dire, Eric Plamondon parvient à nous faire entrer en douceur dans la grande violence, comme une personne frileuse entre dans l’eau au début de l’été. Ensuite ça devient fou, ça devient terriblement réel et crédible. Les personnages font beaucoup pour cela. Sans jamais nous ennuyer, l’auteur nous fait découvrir le fonctionnement d’un pays, son histoire complexe, son passif, ses tabous, ses injustices. Il montre sans jamais juger la vision d’un monde essentiellement blanc, ses effets dans le territoire et sur les minorités indiennes.

L’ensemble du roman finit par être très homogène, comme une explosion à l’envers, chaque shrapnel revient des alentours où il a été propulsé pour s’assembler aux autres. On est très au-dessus d’une simple enquête, avec un mystère et des secrets enfouis à déterrer. Il y a cette approche sociétale très vaste, qui se faufile dans les strates sociales et aussi politiques, parce que le Québec ce n’est pas simple, c’est aussi le Canada qui a son mot à dire en matière Indienne.

Sébastien Vidal, Le Souffle des mots, 6 janvier 2020

http://sebastienvidal.centerblog.net/347-taqawan-eric-plamondon